Chlamydia trachomatis

Les chlamydiæ sont de minuscules bactéries intracellulaires obligatoires, de petite taille (300-500 nm), non colorable en Gram, dont le réservoir est strictement humain.

Le genre Chlamydia comporte trois espèces :

- C. trachomatis responsable du trachome, des infections oculo-génitales et de la lymphogranulomatose vénérienne,

- C. pneumoniæ, fréquent chez l'homme, responsable d'infections respiratoires,

- C. psittaci, rare chez l'homme, responsable de zoonoses.

 

1. Epidémiologie :

- L'infection à Chlamydia trachomatis est l'une des IST les plus fréquentes dans le monde.

- Chez les hommes : C. trachomatis est responsable de 30 à 50 % des cas d'urétrites non gonococciques, de 50 à 80 % des urétrites post-gonococciques et d'environ 50 % des cas d'épididymite.

- Chez les femmes : les lésions tubaires dues à C. trachomatis constituent une cause fréquente de GEU, de stérilité tubaire et d'échec des tentatives de FIV.

- Les facteurs de risque de l'infection à C. trachomatis sont :

         . âge de moins de 25 ans,

         . sexualité précoce,

         . multiplicité des partenaires sexuels,

         . non-utilisation d'une méthode contraceptive de type barrière mécanique ou chimique.

 

2. Pathologies :

- La chlamydiose génitale, due aux sérovars D à K, est une IST très fréquente, se manifestant par des infections génitales : urétrites, cervicites, salpingites, endométrites.

- Le trachome, dont Chlamydia trachomatis tire son nom, est du aux sérotypes A, B et C. Le trachome est une kérato-conjonctivite très répandue dans les pays en voie de développement et qui entraîne un grand nombre de cécités. C'est une maladie très contagieuse heureusement facile à combattre par antibiotiques.

- La Lymphogranulomatose vénérienne ou maladie de Nicolas-Favre est due aux sérovars L1, L2, L3, LGV ; elle est rare dans les pays développés.

- Infections oculaires comme les conjonctivites par auto-inoculation à partir d'un foyer génital, notamment chez le nouveau né, dix jours après l'accouchement. Mais aussi chez les enfants et adultes après contamination par eau de piscines insuffisamment chlorées. Les sérotypes D et K sont responsables de ces conjonctivites folliculaires et parfois de kératites. Le diagnostic est effectué par une recherche d'inclusions cytoplasmiques sur des cellules prélevées par frottis conjonctival.

- Une pneumonie chez le nouveau-né peut apparaître 4 à 10 semaines après le contact avec la mère (généralement lors de l'accouchement). La clinique se caractérise par des râles bronchiques diffus. La radiographie de poumon montre une infiltration interstitielle bilatérale. Le diagnostic est confirmé par les prélèvements pharyngés et recherche d'inclusions cytoplasmiques des chlamydias.

 

♦ Un certain nombre de complications à l'infection par chlamydia trachomatis existent :

- Le syndrome de Fitz-Hugh-Curtis ou péri-hépatite à chlamydia.

- Le syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter ou syndrome oculo-urétro-synovial.

- A long terme, en l'absence de traitement antibiotique, il existe des risques d'infertilité féminine par imperméabilité tubaire. Une infection à Chlamydia chez un homme pourrait aussi diminuer sa fertilité.

 

3. Germe en cause :

Chlamydia trachomatis est un petit bacille, parasite intracellulaire obligatoire (il ne peut survivre en dehors d'une cellule hôte).

Sa survie dans les vacuoles cytoplasmiques de la cellule parasitée est rendue possible par sa capacité à inhiber le complexe de fusion phagosome-lysosome.

C. trachomatis a un tropisme particulier pour l'épithélium glandulaire ce qui explique sa présence plus fréquente dans le col des jeunes femmes porteuses d'un ectropion étendu.

L'incubation est variable (quelques jours à quelques mois, en moyenne 10 à 15 jours).

Dans la moitié des cas, l'infection est totalement asymp­tomatique.

Lorsqu'il existe des symp­tômes, il s'agit, le plus souvent d'une urétrite sub-aiguë avec ou sans écoulement (transparent modéré), ou bien d'une cervicite mucopurulente.

 

4. Contamination :

- Les rapports sexuels (que ce soit oral, génital ou anal) avec un partenaire infecté est le mode de transmission le plus fréquent.

- Transmission de la mère à l'enfant au moment de l'accouchement.

- Auto-contamination des organes génitaux vers les yeux, par des mains souillées.

- Contamination oculaire indirecte possible par les mouches se posant sur les yeux des nouveau-nés dans les pays à forte endémie.

 

5. Clinique :

Chlamydia trachomatis est actuelle­ment la bactérie le plus souvent res­ponsable d'urétrite non gonococcique (20 à 50 %).
 

1) Atteintes uro-génitales chez la femme :

a) Infection basse souvent asymptomatique, marquée par une cervicite, parfois une urétrite.
 

b) Complications :

Elles surviennent en l'absence de traitement :

- Complications hautes possibles : l’infection non traitée peut être à l’origine d’une propagation vers les différents organes de la sphère génitale :

. Endométrite : non ou mal traitée, elle peut être responsable de stérilité ou de fausses couches à répétition.

. Salpingite aiguë ou chronique (avec ces conséquences : stérilité tubaire, GEU, douleurs pelviennes chroniques).

. Périhépatite (Syndrome de Fitz-Hugh-Curtis)

- En cas de grossesse :

. risque d'infection néonatale au cours du passage de la filière génitale infectée,

. risque de conjonctivite néonatale et de pneumonie interstitielle au cours des premiers mois de la vie.
 

2) Atteintes uro-génitales chez l'homme :

a) Urétrites :

- elles surviennent après une période d'incubation de 1 à 4 semaines,

- elles sont asymptomatiques dans 20 % des cas,

- elles se manifestent par urétrite subaiguë (peu bruyante) : écoulement urétral matinal discret, visqueux et transparent,

- associée parfois à une dysurie lors de la première miction, à un prurit, à des picotements ou à des brûlures mictionnelles et une sensation de pesanteur au niveau des organes génitaux,

- en l'absence de traitement, l'infection évolue, dans la grande majorité des cas, vers l'extension vers le haut appareil génital (orchi‑épididy­mite, prostatite).


b) Proctites :

- elles peuvent être asymptomatiques,

- elles se traduisent par la survenue de douleurs anales, d'un écoulement anal, de ténesme et de constipation.
 

c) Complications : épididymites subaiguës :

- c'est la complication la plus fréquente (3 % des cas d'urétrite à C. trachomatis),

- elle est le plus souvent unilatérale,

- elle peut se compliquer d'une hémospermie,

- en cas de lésion bilatérale, C. trachomatis peut être une cause d'hypofertilité masculine.

 

3) Atteintes dans les deux sexes :

Syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter :

- il associe une oligoarthrite axiale, une conjonctivite, une urétrite et des troubles dermatologiques (balanite, érosions buccales, kératodermie palmo-plantaire),

- il touche avec prédilection les patients porteurs d'antigène HLA B27.

 

6. Diagnostic positif :

La recherche de Chlamydia trachomatis est difficile.

Le diagnostic repose sur des examens de laboratoire très spécialisés (Chlamydia trachomatis n’est pas visible à l’examen direct en microscopie optique).

 

1) Prélèvements :

Le diagnostic direct repose avant tout sur la qualité du prélèvement qui doit être réalisé avant traitement, et qui doit recueillir des cellules infectées par grattage de la muqueuse.

- Ils sont réalisés avec une curette ophtalmique émoussée, ou un écouvillon en plastique enrobé de rayonne ou de dacron, ou un écouvillon plastique à extrémité spiralée (bactopick) pour recueillir un nombre important de cellules infectées.

- Les prélèvements seront réalisés au niveau de l'endocol et de l'urètre. Ils doivent être placés dans un milieu de transport et acheminés rapidement au laboratoire.

 

2) Diagnostic :

Il reposait sur deux types de techniques :

- La culture cellulaire : elle était réalisée dans des laboratoires spécialisés (car coûteuse et lourde sur le plan technique); et utilisait des lignées de cellules McCoy.

- Les techniques immunologiques : détection des antigènes spécifiques de la bactérie par des anticorps anti-Chlamydia (immunofluorescence directe sur frottis cellulaire et méthode immuno-enzymatique (ELISA)) sont actuellement abandonnées.

- La biologie moléculaire (PCR) est actuellement la méthode de référence dans le dépistage de Chlamydia trachomatis. Elles recherche directement le génome du Chlamydia et est très performante ; elle a une excellente spécificité et sensibilité.

Elle est aisément réalisable sur prélèvement de l'endocol, l'urètre ou dans les urines.

La facilité du recueil et le mode de prélèvement non invasif permettent d'envisager de l'utiliser dans le dépistage de masse. Néanmoins, son prix élevé est un frein à sa diffusion pour le diagnostic d'infections basses et son intérêt dans les infections hautes est encore à évaluer.

- Concernant la sérologie : le sérodiagnostic a peu d'intérêt pour les infections génitales basses qui impliquent une faible production d'anticorps.

Son élévation (> 1/64) traduit habituellement une atteinte haute (salpingite, périhépatite). La négativité d’un test n’exclut donc pas le diagnostic…

Les infections à Chlamydia trachomatis étant souvent paucisymptomatiques, le diagnostic est évoqué après un certain délai d'évolution. Il est donc rare de pouvoir détecter une séroconversion ou une augmentation significative du taux d'anticorps (multiplication du taux par 4) dans un 2ème sérum prélevé 15 jours plus tard.

 

La recherche directe par biologie moléculaire par amplification (PCR) au niveau du col (et de l'urètre) est le meilleur moyen pour confirmer le diagnostic d'infection à Chlamydia.

En effet, suite aux recommandations de la HAS (Haute Autorité Sanitaire) en France, les méthodes qui utilisaient la culture cellulaire, la détection d'antigènes par immunofluorescence ou ELISA et la détection du génome de Chlamydia trachomatis par biologie moléculaire sans amplification ont été supprimées de la Nomenclature Des Actes De Biologie Médicale (NABM) le 4 novembre 2011. La sensibilité ou la spécificité de ces méthodes ont été jugées insuffisantes.

Actuellement seule une technique est inscrite à la NABM : il s’agit de la recherche d’ADN ou d’ARN de Chlamydia trachomatis par amplification génique (PCR) in vitro.

 

 

Chlamydia pcr 1

 

 

Chlamydia igg


 

Chlamydia prelevement et transport  

   Dépistage des infections génitales à Chlamydia trachomatis

 


 

7. Evolution et pronostic :

- Il convient de contrôler la guérison bactériologique 5 à 8 jours après l'arrêt du traitement afin, d'une part, de s'assurer de l'évolution clinique et, d'autre part, de vérifier les résultats des examens biologiques.

- En cas de persistance des plaintes et d'un écoulement urétral, il convient de réaliser un interrogatoire et un examen clinique approfondis et une échographie prostatique à la recherche de :

. un autre agent infectieux associé (Trichomonas vaginalis, Gardnerella vaginalis, Candida albicans),

. une mauvaise compliance au traitement,

. une recontamination vénérienne ("effet ping-pong"),

. une contamination urétrale à partir d'un foyer ano-rectal, d'une prostatite, d'une épididymite ou d'une salpingite,

. une résistance à l'antibiotique utilisé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 27/10/2019